Broderie, tissage, couture: rectification de quelques préjugés

Certains et certaines qui font de la reconstitution Viking sont convaincus que les femmes Viking n’avaient pas le temps de broder, tisser etc et que donc les vêtements se devaient d’être sobres (sauf si on joue quelqu’un de riche). Ce genre de préjugé est à hurler et j’espère que celles et ceux qui liront cet article pourront transmettre l’info aux autres.

Cette assertion selon laquelle les femmes avaient bien assez à faire avec l’entretien de leur maison pour ne pas avoir le temps de broder, tisser, etc racontent absolument n’importe quoi.

Broderie - Motif de la coupe de JellingPour rappel les maisons Vikings sont très simples d’entretien: tout l’intérieur est en bois (plancher et lambris) celà se nettoie très vite au chiffon et au balai. Pour celles dont le sol est en terre battue même topo: un coup de balai et c’est fini.

Ces maisons n’ont quasiment pas de vitres (pour des raisons évidentes d’économie de chaleur), et elles sont le plus souvent en peau, donc on ne perd pas de temps à les nettoyer.

Pas de salle de bain dont il faut récurer le carrelage etc… L’entretien d’une maison devait se résumer à balayer par terre, passer un chiffon sur tout ce qui est en bois et enlever les toiles d’araignées. Même en ajoutant la cuisine, un peu de vaisselle et de lessive, pas de quoi occuper toute la journée d’une femme.

Rajoutez à celà que nous reconstituons des Vikings et donc des Scandinaves qui sont partis en expédition à l’étranger et que donc nous ramenons or, objets précieux et surtout esclaves !!! Ces esclaves ne restaient pas là à rien faire toute la journée, ils étaient largement mis à contribution entre autre pour s’occuper des enfants, de la cuisine etc.

De plus, à l’époque le modèle papa plus maman plus les enfants dans une maison aurait été une aberration sans nom. Régis Boyer le dit indirectement, dans un village dont ils ont retrouvé le cimetière ils ont estimé qu’il y avait 4000 fermes pour une population d’au moins 40 000 habitants, soit au moins 10 personnes par ferme.

On ne construisait pas des maisons de 10 à 30 mètres de long pour y loger un couple et ses enfants. On le sait la famille était le pilier central de la société Scandinave à cette époque. On vivait le plus souvent avec les parents de l’un des époux, ou des frères et soeurs ou des cousins plus les vagabonds recueillis plus les concubines du mari s’il en avait plus les esclaves.Tout ce petit monde ne restait pas à se tourner les pouces toute la sainte journée. Ils aidaient tous la femme de maison à gérer les tâches de la vie quotidienne.

Venons en aux travaux de la ferme à proprement parler puisque la plupart des Vikings étaient des fermiers. Le gros des travaux se concentre l’été et là aussi tout le monde est mis à contribution. Une bonne partie de la maisonnée part pendant deux mois en transhumance. Surveiller les moutons ca n’a jamais empêcher de filer, coudre, broder et tisser aux cartons. La seule période durant laquelle elles ne devaient pas avoir le temps c’était pendant le fauchage de l’herbe pour assurer un stock de foin suffisant pour l’hiver.

Et pendant l’hiver (soit de début novembre jusque fin mars) justement que dit Boyer ? Extrait du livre « Les Vikings » de Régis Boyer p298:

« Mais il va de soit que la période est particulièrement propice aux travaux de filage, de tissage, de broderie et de couture, comme aux activités artisanales du smiðr. »

Boyer explique clairement que les longues veillées d’hiver étaient largement occupées par ces activités et je pense qu’une bonne partie des journées aussi (puisqu’on ne sort que très peu dehors pendant cette période).

Enfin si en dehors des femmes riches les femmes normales n’avaient pas eu le temps de broder cet art se serait très vite perdu, or il n’en est rien. Quant au fait que les vêtements retrouvés étaient les plus beaux du défunt, ces plus beaux vêtements ils devaient bien les porter à un moment ou à un autre on ne les gardait pas de coté juste pour l’enterrement.

Et même les « bleus de travail » pouvaient être décorés même de manière plus sobre mais décorés quand même (un galon tout simple, un rang ou deux de point de chaînette le long du col, un point de grebiche fermé ou non par un point arrière sur les ourlets etc, cela ne gêne en rien le nettoyage fréquent de ces vêtements).

Encore à l’heure actuelle une fois les travaux des champs finis les fermiers quittent tous sans exception leur bleu de travail pour des vêtements plus jolis, et je ne vois pas ce qui aurait empêché les anciens Scandinaves d’en faire autant (surtout eux qui étaient très attachés à leur apparence).

Bref la prochaine fois que quelqu’un vous sort ce préjugé du « les femmes n’avaient pas le temps », ou que quelqu’un croit dur comme fer à cette assertion, envoyez le lire cet article.

Úlfdís

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